Inspiration

L’éducation féministe, selon Chimamanda Ngozi Adichie

C’est avec enchantement que je suis tombée il y a quelques semaines sur ce manifeste. La première fois, je l’ai dévoré. La seconde, je l’ai eu dans la peau… Je vous en parle.

Qui est Chimamanda Ngozi Adichie ?

Chimamanda
Chimamanda est une romancière nigériane très connue dans la communauté afro. Elle se définit comme suit :

 » Nigériane, féministe, noire, igbo et plus encore « .

Igbo est une ethnie qui se trouve dans le sud-est du Nigéria. Chimamanda est née en 1977 et a publié son tout premier roman  » L’hibiscus pourpre  » en 2003. Aujourd’hui, elle représente l’une des plus grandes figures féministes du 21ème siècle. En lisant sa derrière oeuvre parue  » Chère Ijeawele ou un manifeste pour une éducation féministe «  (2017), je me rends compte que Chimamanda Ngozi n’est pas une féministe ordinaire. Elle est bien plus que cela : son approche n’est pas « conventionnelle » mais plutôt « pratique ». Pour elle, le féminisme ne se résume pas à une façon de penser, mais à un art de vivre, à un questionnement profond sur l’égalité et la justice entre les deux sexes.

Quel est le contexte de son ouvrage ?

Lorsqu’une de ses amies proches devient maman, elle se rapproche de Chimamanda dans le but d’obtenir des conseils sérieux et pratiques pour éduquer sa fille selon les grands principes du féminisme. Chimamanda se fait un plaisir de lui répondre sous forme de lettre, publiée dans un ouvrage.

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La lettre est ponctuée, sur toute sa longueur, de « suggestions » que son amie se sentira libre de prendre en compte ou non.

Les voici.

Chimamanda part tout d’abord d’un postulat de base : « JE COMPTE ». Ce n’est pas : je compte « tant que » ni « à condition » mais je compte AUTANT. Ce principe de base transpire dans chacune des suggestions données tout au long de la lettre.

Suggestion 1 : Être une personne pleine et entière.

Chimamanda souligne ici l’importance de ne pas se contenter d’être mère. La femme en effet ne se définit pas uniquement comme telle. Elle est en premier lieu FEMME, ce qui sous-entend qu’elle a le droit, alors même qu’elle est mère, d’exercer une profession. La maternité et le travail ne sont pas incompatibles, et ces deux fonctions permettent à la femme de tendre à une forme d’épanouissement, en étant pleinement elle-même. Cela n’exclue en rien celle qui fait le choix de se consacrer à plein temps à ses enfants. Il s’agit dans ce cas d’un choix libre de sa part. L’important est le fait qu’elle reste intrinsèquement femme, et que sa vie de femme ne soit pas mise entre parenthèses, car avant d’être mère, elle était femme. Aujourd’hui elle est simplement les deux : femme ET mère, et c’est ça, être pleine et entière.

Suggestion 2 : Faire les choses ensemble, à parts égales.

Reste à définir ce que l’on appelle « parts égales »… On parle ici d’équité. Par exemple, dans le cas de l’allaitement, l’homme et la femme ne sont évidemment pas égaux. Une mère même dans son bonheur, peut considérer comme « injuste » ou « non équitable » le fait que son mari n’ait pas à se lever chaque nuit malgré la fatigue, pour allaiter son enfant… Dans le but de rétablir cette équité au sein du couple, les deux parents peuvent prendre la décision d’alterner allaitement au sein et allaitement par tire-lait… Tout simplement pour laisser la femme se reposer certaines nuits, au même titre que le père qui jouit le plus souvent de son sommeil car physiologiquement, il n’a pas cette « obligation » de l’allaitement.

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D’autre part, il semble très important de rétablir une vérité urgente : un père n’aide pas lorsqu’il s’occupe de l’enfant avec la mère (ou même à sa place lorsque celle-ci n’est pas disponible). Il accomplit tout naturellement son rôle de père ! Car insister sur le fait qu’il aide revient à penser, à tort, que l’éducation d’un enfant est une affaire d’abord féminine… C’est complètement faux.

Suggestion 3 : Démystifier le rôle des genres.

Ici on parle des couleurs et des jouets qu’on attribue par tradition (encore à tort ?) aux enfants dès leur naissance : du bleu pour les garçons et du rose pour les filles. Entre autres. Car pour les jouets, il s’agit de la même rengaine : des camions, autos et autres avions pour les petits garçons et les poupées, radicalement, pour les petites filles. La chose à retenir dans cette suggestion est la suivante : l’enfant, fille comme garçon, est une personne à part entière. Plutôt que de conditionner l’enfant à un comportement de garçon ou un comportement de fille (d’ailleurs, que cela signifie-t-il vraiment ?), l’importance est de faire attention à ce qu’il donne constamment le meilleur de lui-même, en tant qu’individu. Toute la liberté devant être laissée à l’enfant dans l’intention de s’accomplir pleinement.

Suggestion 4 : Le féminisme light n’est pas du féminisme.

Mais alors, qu’est-ce que le féminisme light ? Il s’agit tout simplement de considérer (encore une fois à tort), que l’égalité entre l’homme et la femme est soumise à condition. Exemple : par temps de canicule comme en ce moment, une femme peut ressentir l’envie (c’est mon cas) de s’habiller beaucoup plus légèrement… short, jupe, robe, bref. Le but ici est de faire face à la chaleur. Dans le discours du féminisme light, on soutient le fait qu’un homme que la femme croise dans la rue alors même qu’elle porte une robe légère, a raison de lui faire une remarque désobligeante… (vous savez de quoi je parle les filles n’est-ce pas ?). Autrement dit, l’homme « respecterait » davantage la femme, si celle-ci était plus couverte… Cela se passe de commentaires, n’est-ce pas ?

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En conclusion pour Chimamanda :

 » Être féministe, c’est comme être enceinte : tu l’es ou tu ne l’es pas. Tu crois à l’égalité pleine et entière entre les hommes et la femme, ou tu n’y crois pas « 

Un point c’est tout.

Suggestion 5 : Les livres sont importants.

Dans le sens qu’ils ont une influence positive. La lecture apprend à questionner et à comprendre le monde dans lequel on vit. Pour Chimamanda Ngozi Adichie, il semble donc important d’insuffler dès le plus jeune âge le goût des livres. Et de quelle manière ? En donnant l’exemple.

Suggestion 6 : La force des mots.

Chimamanda préconise à son amie d’apprendre à sa fille à questionner les mots.

 » Les mots sont le réceptacle de nos préjugés, de nos croyances et de nos présupposés « 

Suggestion 7 : Le mariage n’est pas un accomplissement en soi.

Dès son plus jeune âge, la petite fille est conditionnée mentalement dans le but d’espérer envers et contre tout le mariage, COÛTE QUE COÛTE. La jeune fille grandit et devient plus tard une femme qui vit dans une attente perpétuelle, qui cause un sérieux déséquilibre entre elle et son partenaire. Lui n’aspire pas forcément à cette institution, ou alors, pas de la même façon qu’elle, ni avec la même intensité, la même importance, puisqu’il n’a pas subit la même pression. Dans certaines sociétés même, certaines femmes considèrent le mariage comme un enjeu : elles vont tout mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif et se rendre « épousables »

Chimamanda nous rappelle cette réalité :

 » Dans une société véritablement juste, on ne devrait pas attendre des femmes ce qu’on n’attend pas des hommes « 

Tout est dit.

Suggestion 8 : Apprendre à ne pas se soucier de plaire.

Dans cette suggestion, Chimamanda nous mène à la prise de conscience et au courage : être pleinement soi-même, intègre, sincère et bienveillante. Une femme doit avoir le courage d’exposer sans crainte son opinion sur un sujet donné, mais aussi de lui rester pleinement fidèle dans son attitude. J’ai récemment écrit un billet sur le courage d’être soi. Ne pas chercher à plaire à tout prix, en tombant dans une certaine fausseté, mais révéler sa lumière intérieure est une chose qui rend une femme véritablement belle, respectable et inspirante pour les autres…

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Et puis, dit Chimamanda :

 » Si une personne ne t’aime pas, une autre le fera ! « 

Suggestion 9 : Offrir un sentiment d’identité et d’appartenance.

L’auteure préconise à son amie de transmettre à sa fille l’importance de sa propre culture, tout en sachant de façon juste (là est toute la différence), en discerner les forces des limites, car il en existera toujours. Il semble alors essentiel de connaitre au mieux l’histoire de ses ancêtres et d’en être fière. Aussi, le fait de se sentir appartenir à une communauté, à un groupe, au-delà même des influences inévitables, permet de se construire en tant qu’individu, de perpétuer les meilleures valeurs, et d’en créer de nouvelles.

Suggestion 10 : Peser soigneusement la façon d’aborder l’apparence physique.

Une mère se doit de guider les choix vestimentaires de sa fille en veillant à ne pas les associer à la morale, mais plutôt à « une question de goût et de charme ». Elle doit donc faire attention à son propre langage. Par exemple, le fait d’aimer porter du maquillage ne fait pas d’elle une fille « écervelée » ou « légère » comme certaines personnes – les hommes entre autres – ont tendance à penser… (quelle honte de subir encore ce genre de remarque inappropriée en 2017 !). Elle ne doit pas lui dire : « tu as l’air d’une prostituée ». Elle doit plutôt lui montrer comment elle pourrait faire pour que telle couleur ou telle façon de porter son rouge à lèvre, sa robe, la mette joliment en valeur tout en faisant ressortir le meilleur d’elle-même.
Une mère doit également encourager sa fille à pratiquer une activité physique, peu importe laquelle : à elle de choisir celle qui lui plait et lui fait plaisir. L’objectif ici est de lui faire comprendre l’importance et l’impact que cela peut avoir à la fois sur son corps mais aussi sur son mental. C’est une activité non négligeable bonne pour la santé et qui lui permettra par ailleurs de faire face à ces nombreux complexes qui apparaissent au moment de la puberté. Louper ce cap avec sa fille peut avoir des conséquences désastreuses.

 

Suggestion 11 : La biologie féminine est à prendre avec des pincettes.

C’est un sujet intéressant et fascinant qui ne justifie pas pour autant certaines normes sociales, selon Chimamanda Ngozi. La biologie féminine qui concerne d’une part l’ovulation, les menstruations et d’autre part l’enfantement, l’allaitement, ne doit pas être considérée comme un sujet tabou, ni honteux. Pourquoi dans certaines sociétés, les jeunes filles « indisposées » se voient interdire toute liberté de vivre normalement comme dans le reste du mois (sport, contact physique même le moindre! avec le sexe opposé, etc.), juste parce qu’elles ont leurs règles ? Personnellement, c’est un sujet qui me fait profondément rager… Vous imaginez un peu ? Si les femmes et leur fonctionnement physiologique n’existaient pas, l’espèce humaine perdurerait-elle… ? Ah, bonne question en effet ! On connait tous et toutes la réponse bien évidemment. Bref.

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Suggestion 12 : Parler de sexe assez tôt.

 » Le sexe peut être une chose magnifique, qui entraîne bien-sûr des conséquences physiques (pour elle en tant que femme), mais aussi des conséquences émotionnelles « 

Dans son éducation parentale, une mère doit s’attendre à ce moment plus ou moins délicat où elle devra parler de sexualité à sa fille. Elle doit donc faire en sorte de lui donner les mots nécessaires pour qu’elle puisse venir lui en parler spontanément. Et au même titre que la biologie féminine, la sexualité de la femme ne devrait pas être associée à un sentiment de honte. La nudité de la femme, son corps NE SONT PAS honteux.

Suggestion 13 : Être présente lorsque l’amour finit par arriver.

Ici encore, une mère doit se tenir à disposition pour permettre à sa fille de lui parler de tout, sans difficultés.

 » Peu importe sa nature ou comment on le définit, l’amour est une des choses les plus importantes de la vie « .

C’est pour cette raison que je décide de lui dédier un article à part.

Suggestion 14 : La bonté féminine existe tout autant que la méchanceté féminine.

C’est comme ça, c’est la vie. Dans le monde, dans la vie, le bien existe, et le mal aussi. Cependant, un individu, qu’il commette le bien ou le mal, reste une personne méritant d’être traitée avec dignité. Chimamanda précise que dans certaines sociétés :

 » Quand on parle de genre, apparaît un présupposé selon lequel les femmes seraient moralement meilleures que les hommes. Ce n’est pas le cas. Les femmes sont humaines tout autant que les hommes. Et la bonté féminine est tout aussi normale que la méchanceté féminine « 

D’où l’importance pour son amie de mettre sa fille en garde contre certains stéréotypes non justifiés.

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Suggestion 15 : La différence est normale.

 » Tu lui diras : toi tu aimes l’huile de palme mais il y a des gens qui n’aiment pas l’huile de palme. Elle te demandera : pourquoi ? Tu lui répondras : je ne sais pas, le monde est comme ça tout simplement « 

Une mère est tenue de faire comprendre à sa fille que ses propres principes, ses goûts et ses expériences propres sont valables uniquement pour elles, et non pour tout le monde. Elle devra lui apprendre à ne pas généraliser ce qu’elle vit de façon personnelle, mais à garder un esprit ouvert et plein de discernement.

 

Vous pouvez vous procurer ce petit manifeste en cliquant directement sur l’image !

 

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